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La mémoire et l’amour du prophète (psl)

Le Prophète Mohamed (psl), cet auguste personnage, a joué un rôle  inédit dans l’histoire de l’humanité. Il est celui qui a su transformer par son comportement et par ses enseignements, des tribus patriarcales qui s’entretuaient en une société fraternelle  où règne l’égalité, l’amour, la compassion, la cohésion et la solidarité.

C’est d’abord par son exemple que le Prophète Mohamed (psl) a enseigné la spiritualité, l’action et l’engagement pour la cause de Dieu. L’éducation par le modèle. Le Prophète  Mohamed (psl) était le Messager et l’illustration parfaite du Message. L’enseignement du Prophète Mohamed (psl) était global et touchait aussi bien la spiritualité, l’amour,  la morale et la bonté que l’engagement inlassable pour la justice et la dignité, la résistance et la non-violence. C’est un message universel qui a traversé les continents et les générations.

« Je suis la Miséricorde offerte » [2]. Miséricorde offerte par Dieu et illustrée parfaitement  par son savoir être, par son amour pour Dieu et pour les êtres. « Nous ne t’avons envoyé qu’en Miséricorde pour les mondes » [3]. Sagesse est sa parole (psl), de même que son œuvre et ses enseignements. Il ne prononçait rien sous l’emprise de l’émotion  et n’agissait aucunement dans la démesure. Le Prophète (psl) savait le pouvoir du mot puisque Dieu le lui a accordé. Tout au long de son parcours, ces mots étaient justes, doux, sacrés, authentiques sans complaisance ni langue de bois, ces mots guérissaient les maux et pansaient les blessures.

Comment et pourquoi aimer le Prophète (psl) par dessus tout ? Quelle relation intime doit-on entretenir avec lui ? Comment vivre l’amour de Dieu et de Son Messager et propager l’amour autour de nous ?

Souvent, lorsque l’on lit les livres relatant la vie du Prophète (psl), on retient seulement de sa personnalité qu’il était un dirigeant surdoué, un homme politique capable d’unir et de rassembler, un révolutionnaire hors pair, un homme juste  et incorruptible  et un militant engagé et déterminé. C’est une vision partielle de la réalité de la vie du prophète (psl). La spiritualité du prophète (psl), ses liens du cœur, sa Miséricorde, ses qualités humaines sont souvent occultées comme si les questions relatives au cœur et à la spiritualité seraient du domaine du privé.

Aimer le prophète (psl) plus que tout, c’est goûter la douceur de la foi, « Nul d’entre vous ne goûtera la douceur de la foi tant que je ne serai pas plus cher à son cœur que ses enfants, ses parents et l’humanité toute entière » [4]. Imiter sincèrement le Prophète (psl) et s’identifier à lui, agir comme le prophète et se comporter comme lui, c’est vivre l’amour et répandre l’amour. C’est s’enrichir de nombreuses vertus du bien-aimé et développer en soi de nobles comportements. L’imitation extérieure des gestes du Prophète (psl) ne saurait être la voie de l’amour,  il faut la ferveur du cœur aussi.

Aïcha rapporte qu’un homme vint voir le Prophète (psl) et dit : « Ô Messager de Dieu ! Je t’aime plus que ma propre personne,  je t’aime plus que ma famille et tous mes biens. Et lorsque je suis chez moi et je pense à toi, je ne puis me retenir de venir te voir et être en ta compagnie. Mais, lorsque je pense à ma mort et à ta mort, je réalise qu’au Paradis, tu seras élevé en compagnie des prophètes et que si j’y rentre, je ne pourrai plus te voir » Dieu révéla alors : « Celui qui adore sincèrement Dieu et suit fidèlement la voie de Son Messager sera ressuscité avec ceux que Dieu a comblé de ses bienfaits : Prophètes, véridiques, justes et pieux. Quelle excellente compagnie ! » [5].

Les compagnons du Prophète (psl), savaient que leurs actions seules ne pouvaient leurs garantir la compagnie du Prophète bien-aimé au Paradis. Un homme demanda au Prophète (psl) : « À quand l’heure ? » ; « Qu’as tu préparé pour l’avènement de l’heure, répondit le Prophète? » ; « Rien, dit l’homme, sauf que j’aime Dieu et Son messager ». Le Prophète a dit : «Tu seras avec celui que tu aimes ». En rapportant ce Hadith, Anas  ajoute : « Nous n’avons jamais été autant heureux que lorsque le prophète a dit : « Tu seras avec celui que tu aimes ». Et moi j’aime le Prophète (psl), Abou Bakr, Omar et j’espère être en leur compagnie au Paradis grâce à l’amour que j’ai pour eux; même si je n’ai pas atteint leurs degrés de piété et de spiritualité » [6].

Zayd ibn Aslam rapporte que Omar Ibn Al-Khattab était sorti une nuit pour monter la garde. Il vit la lumière dans une maison où une femme âgée  cardait la laine. Il s’en approcha et entendit cette femme répéter une poésie [7] :

« À l’élu, les vertueux ont dédié leurs prières,

على المصطفى صلاة الأبرار

صلّى عليك المصطفون الأخيار

Les meilleurs moralement et spirituellement ont appelé les bénédictions de Dieu sur lui,

Aux prières nocturnes, il était assidu, présent à Dieu en toute humilité. قد كنت قوّاماً بُكاً بالأسحار

Ah ! Si je savais  qu’après le retour vers Dieu

ياليت شعري والمنـايـا أطوار

La demeure dernière me réunirait avec mon bien aimé ! »

هل تجمعنـي وحبيبـي الـدار

Omar qui a côtoyé de près le Prophète (psl), a été touché par ces belles paroles. Alors, il a frappé à la porte de la femme âgée et lui demanda de répéter ses paroles en l’intégrant dans le souhait d’être en compagnie du bien-aimé Mohamed (psl) dans la vie future. La femme âgée a récité encore une fois ses belles paroles et a finit sa poésie par :

« Et Omar pardonnez ces erreurs Ô Grand Pardonneur »

وعمر فاغفـر لـه يـا غفَّـار

Malheureusement aujourd’hui, certaines lectures sclérosées de l’islam essayent d’étouffer et de bannir toute manifestation de joie et d’amour liée à la naissance du Prophète (psl) sous peine d’innovation conduisant directement en Enfer.  Ces lectures superficielles et violentes s’attardent sur des détails comme si notre Prophète (psl) n’était qu’un détail de l’histoire de l’humanité. Un discours violent et dominant a vu  le jour, qui exclut et condamne  au nom de l’islam.

L’importance de la mémoire

Dieu dans le Coran, nous interpelle pour entretenir la mémoire : « Rappelle-leur les jours de Dieu » [8]. Connaître l’histoire, entretenir la mémoire est essentiel pour  sauvegarder la fidélité au modèle par excellence, pour façonner une personnalité, pour reconstruire une identité, pour préserver une conscience éveillé. Le Prophète (psl) célébrait le jour de sa naissance et lui réservait un accueil spécial : « Un homme vit le Messager de Dieu (psl) jeûner le lundi et l’interrogea à ce sujet. Il répondit : “C’est le jour où je suis né, le jour où je fus chargé de ma mission prophétique et le jour où j’ai reçu la révélation » [9]. Abou Lahab, l’oncle du Prophète, ennemi déclaré de l’islam et promis à l’Enfer dans le Coran, bénéficie chaque lundi d’un allégement des supplices. Car le jour de la naissance du Prophète (e), Abou Lahab avait montré une joie immense qu’il affranchit sa servante « Thouwaybah » qui était venue lui annoncer la nouvelle.

Sur l’enseignement du prophète et à l’exemple de sa douceur et de sa Miséricorde, il nous faut nous réformer et reformer la communauté musulmane en perte de repères. Le Prophète (psl) nous a légué un héritage spirituel considérable, qui demande d’être et de témoigner, qui demande de la patience et de la clémence, ce qui implique une grande ouverture d’esprit et une intelligence du cœur. Il nous appartient d’être les dignes héritiers du Prophète (psl) et de continuer son œuvre de paix et de justice.

Ô Prophète ! Tu nous manques énormément. Tu es, certes, omniprésent dans nos cœurs mais l’insouciance a su nous dominer et l’oubli nous aliéner. Que Dieu remplisse nos cœurs de ta lumière, de ta douceur et de ta Miséricorde afin que nous puissions porter le message et rayonner de ces valeurs comme il se doit, sans complexe ni crispation.


[1](psl) : Paix et salut de Dieu sur lui

[2] Hadith authentique rapporté par Al hakem selon abou Hourayra.

[3] Sourate 21 ; verset 107.

[4] Rapporté par Boukhari, Moslim, Ahmed et Abou Daoud selon Anas ibn Malik

[5] Rapporté par al-Haïthamî dans Majma’ az-zouâ-id, Abou Nou’aïm dans Al-Hiliyah, at-Tabarânî dans al-Aoussat et as-Saghîr
[6] Rapporté par Boukhari, Mouslim et autres selon Anas.

[7] Rapporté par Ibn Al-Moubarak et Ibn Assaker.

[8] Sourate Ibrahim (14), verset 5.

[9] Rapporté par Moslim , Ahmed ibn Hanbal,Abou Daoud et Al-Hakem selon Abou Qatada Al-Ansari.

Les indésirables de la République

Par Omar Mahassine

Aujourd’hui en France, le vrai débat, celui qui doit mobiliser pouvoir politique et médiatique est, incontestablement, le débat sur les discriminations. Notre contexte est marqué par les inégalités, les exclusions et les traitements discriminatoires qui touchent les « Français issus de l’immigration et des DOM-TOM », les « Français d’origine immigré », ou les « minorités visibles ». La discrimination bat en brèche l’un des premiers principes républicains : l’égalité. Pourtant, ce phénomène social n’est pas au centre des débats publics malgré l’ampleur de ses effets dévastateurs sur les individus, et sur la société dans son ensemble.

Il est évident que les sujets de société qui empoisonnent le débat public actuellement (identité nationale, burqa …), représentent une diversion burlesque afin de contourner les débats de fond sur des questions fondamentales.

Le problème aujourd’hui est qu’il y a overdose, nous assistons impuissants à la montée de discriminations multiples : discrimination à l’embauche, à l’adresse, à la santé, à l’école et aux loisirs. Les personnes issues des quartiers populaires, de l’immigration ou des colonies sont les premières victimes de l’exclusion sociale, professionnelle et politique. En même temps, nous assistons à l’escalade sans précédent de l’islamophobie, mais aussi à la banalisation de cette violence et de ce traitement discriminatoire que subissent les musulmans de France. L’émissaire de l’ONU Gay Mac DOUGALL a déclaré, vendredi 28 septembre 2007 : « qu’un racisme « pernicieux » perdure en France, où des minorités sont reléguées dans des « ghettos » sans espoir de promotion sociale ».

Nombreux sont les études qui pointent du doigt la persistance de la discrimination et de la stigmatisation à l’égard des musulmans en Europe, et qu’aujourd’hui les solutions tardent à venir. Selon le rapport de l’Open Society Institute[1] (OSI) qui a analysé la situation des musulmans de 11 villes européennes : « les discriminations religieuses envers les musulmans sont très répandues et qu’elles se sont aggravées ces cinq dernières années ». L´Agence des droits fondamentaux (FRA) de l´Union Européenne a publié, le 28 mai 2009, un rapport qui fournit des données sur la manière dont les musulmans subissent la discrimination et les crimes racistes dans leur vie quotidienne au sein de l´Union européenne[2] : « la plupart des musulmans interrogés (79%) ne déclarent pas les discriminations ou les crimes racistes dont ils sont victimes, que ce soit aux forces de police ou à une organisation non gouvernementale. Un comportement que la FRA explique notamment par un « manque de confiance dans les autorités publiques ». Cinquante-neuf pour cent des musulmans interrogés déclarent que « la déclaration des incidents n’a aucun effet ou ne change rien » et 38% d’entre eux disent que « cela arrive tout le temps » et qu’ils ne font pas l’effort de déclarer ces incidents.

En particulier, les jeunes musulmans interrogés précisent qu’ils font peu confiance à la police en tant que service public (….). Un quart des musulmans interrogés (25%) en moyenne affirment par ailleurs avoir été contrôlés par la police durant les 12 derniers mois. Et parmi eux, rapporte la FRA, 40% estiment avoir été contrôlés sur la base de leur appartenance ethnique ».

Une autre logique importante pour expliquer la recrudescence des discriminations est liée à l’image des jeunes issus de l’immigration. Une image négative qui s’est construite insidieusement dans l’imaginaire social. Le  » jeune de banlieue  » est : casseur – délinquant – racaille – voleur – violeur …  À partir de là, le  » jeune de banlieue  » ne peut être désigné comme victime d’une injustice puisqu’il est responsable de sa propre stigmatisation. Il est évident aussi que la banalisation des idées politiques racistes et islamophobes a contribué fortement à légitimer et à amplifier la pratique de la discrimination.

François DUBET[3] relève que les jeunes issus de l’immigration sont confrontés à un processus paradoxal : à la fois une forte assimilation culturelle et une faible intégration sociale due essentiellement aux phénomènes de discrimination à l’embauche. Cette situation est contraire aux principes affirmés par le Haut Conseil à l’Intégration : « la conception française de l’intégration doit obéir à une logique d’égalité et non de minorités »[4]. Ce processus paradoxal stigmatise[5] les jeunes issus des quartiers populaires. Le stigmate, selon Erving GOFFMAN, c’est : « la situation de l’individu que quelque chose disqualifie et empêche d’être pleinement accepté par la société ». Autrement dit, « ce quelque chose qui disqualifie le jeune Français d’origine africaine, maghrébine, turque ou des DOM-TOM serait lié à la couleur de sa peau, à son faciès en même temps qu’à sa situation identitaire de “jeune issu de l’immigration” »[6].

Aujourd’hui, la responsabilité des institutions publiques et des médias dans l’amplification des discriminations est partiellement reconnue ; et la lutte contre les discriminations est proclamée comme  » grande cause nationale ». Mais au quotidien, la réalité est toute autre et puis dénonciation ne veut pas dire forcément action et éradication.

Un autre point important à soulever concerne la discrimination en politique. En effet, la diversité est devenue un concept marketing censé séduire les électeurs des « communautés » arabes, africaines et antillaises, ….  Malheureusement, cette diversité de casting est loin de promouvoir l’égalité républicaine et ne favorise pas l’émergence des Français issus de l’immigration et des DOM-TOM dans le champ politique. Pire, elle contribue à entretenir et à légitimer les discriminations, en proposant un simple saupoudrage ethnique et exotique sur une réalité politique profondément inégalitaire. Certains ont été séduits et ont accepté d’endosser le rôle peu glorieux de l’indigène de service et être par la même occasion un faire-valoir d’un grand mensonge d’Etat qui affiche l’image d’une France multicolore, unie et plurielle. D’autres se sont expatriés pour une condition salariale attractive et surtout pour être reconnus pour ce qu’ils sont, sans stigmatisons ni discriminations.

Comment réagir face aux discriminations ? Comment ne plus rester prisonnier de son origine, de sa couleur de peau, de son quartier ou de son milieu ? Les discriminations multiples en France nous interpellent, nous questionnent. Face à ces interrogations, il est souvent simple d’’adopter la stratégie de l’encaissement des coups et du silence. Cette stratégie ne fonctionne pas et n’empêche pas les discriminations de s’amplifier et de se banaliser. Il est impératif de prendre conscience de l’urgence de la lutte contre les discriminations. Il est temps de s’engager résolument en faveur d’une égalité véritable, de refuser toute conception tendancieuse de la diversité, cherchant à satisfaire les appétits électoralistes et d’entreprendre une véritable « réforme » des mentalités.


[1]http://www.challenges.fr/depeches/monde/20091215.REU2621/losi_pointe_les_discriminations_envers_les_musulmans_de.html

[2] http://europe-liberte-securite-justice.org/2009/05/29/les-musulmans-font-lobjet-de-discriminations-importantes-nous-dit-lagence-europeenne-des-droits-fondamentaux-de-lue/

[3] « Quelques caractéristiques sociologiques des jeunes issus de l’immigration » in Migrants-formation, n°

86, septembre 1991.

[4] « Pour un modèle français d’intégration », La documentation française, 1991.

[5] Cette hypothèse est plus particulièrement développée dans un article intitulé « Révéler les situations de stigmatisation : un enjeu de citoyenneté », Olivier NOËL in Agora Débats-Jeunesse, n°6, 1996.

[6] La discrimination raciale dans l’accès à l’emploi : un obstacle majeur à l’intégration et une place mineure dans le débat public. Fabrice DHUME et Olivier NOËL, ISCRA Méditerranée, Janvier 1999.

L’identité nationale : objet de diversion politique ou réel enjeu de société ?

Le Ministre de l’immigration et de l’identité nationale, Eric Besson, a lancé à la demande du Chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, un « grand débat » sur l’identité nationale avec pour objectif de valoriser la République, la fierté d’être français et enfin, pour accomplir une promesse de campagne de l’actuel président.

En agitant le spectre d’une « identité nationale menacée », l’Etat espère détourner l’attention des résultats de sa politique inefficace, qui a montré clairement ses limites. L’identité nationale serait donc devenue le sujet le plus grave, la principale préoccupation des Français ? Tandis que la fracture sociale n’en finit pas d’étendre ses ravages.

Disons-le sans ambiguïtés : ce débat,  alimenté par l’emballement médiatique, n’est en réalité qu’un objet de diversion face à la situation  désastreuse de l’économie française, la précarité qui s’accentue de jour en jour, les chiffres effrayants du chômage qui touche toutes les catégories sociales, la faillite de l’éducation nationale, le mal de vivre qui conduit au suicide dans les grandes entreprises, les inégalités, les discriminations et le contrôle au faciès qui ne cessent d’augmenter.

Le débat sur l’identité nationale dérape complètement et verse dans la xénophobie et la stigmatisation d’une partie de la population. La secrétaire d’Etat chargée de la famille et de la solidarité a déclaré devant 300 personnes, lors d’un débat sur l’Identité Nationale à Charmes, dans les Vosges : « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers. »[1]. Dans la même veine, le président de la République, dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde, daté du mercredi 9 décembre 2009[2], avançait l’idée que les musulmans ne faisaient pas assez d’efforts d’invisibilité et de discrétion pour ne pas heurter les français, « ceux qui accueillent ».

Celui qui pose problème à l’identité nationale serait donc « le jeune musulman »,  l’éternel « inintégrable ». Lui qui souffre déjà du syndrome des trois V : Voleur, Violeur et Voileur de filles ; voilà une stigmatisation de plus qui l’assigne au registre des pathologies de la France. Le musulman est considéré comme un immature dans un système d’infantilisation permanent.

Le musulman n’aurait pas la couleur correcte exigée et le taux de francité dans ses veines ne donne pas entière satisfaction aux yeux des architectes du pouvoir. Il serait, donc, « l’ennemi intérieur »[3], le candidat idéal de la politique du bouc émissaire, celui qui est à l’origine de tous les maux, de toutes les carences, de tous les défauts de la société  française. C’est une violence institutionnelle, une politique de l’humiliation qui exacerbe les identités et qui ne peut engendrer que la haine, la violence et l’extrémisme. Selon la formule de Tsvetan Todorov « La violence appelle la violence, l’humiliation appelle le fanatisme ».

Soyons conscients de la grande fragilité de notre société  qui n’est jamais à l’abri d’un possible retour de la barbarie qui aujourd’hui prend la forme du racisme, de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’exclusion et du rejet de l’autre au prétexte qu’il est différent de nous. Ce sont les plaies d’aujourd’hui et les ferments de la haine de demain.

Est-ce qu’être français se construit inexorablement en opposition à une identité ? À une civilisation ? Est-ce que l’islam est fondamentalement incompatible avec la République et ses valeurs ? Est-ce que la crise du « vivre ensemble » est un problème d’identité ? Notre société ne veut pas assumer sa diversité. Pour être reconnu comme citoyen, il faudrait effacer tous signes particuliers, se dépouiller de toute spécificité, n’être rien d’autre que le fruit d’un clonage républicain.

Autrement dit, « La machine à fabriquer des Français » aurait buté sur l’islam. Les musulmans doivent sans cesse affirmer qu’ils sont plus français que musulmans. Ainsi, ils ne seraient plus suspectés ou presque…. Il leurs sera délivré un diplôme de bons citoyens français. Ils n’inspireront plus la méfiance, et recevront enfin leurs certificats de «  non dangerosité ».

Nos politiciens en manque de réels projets politiques, étant plus proche des dîners mondains que des réalités du terrain, rassemblent autour de la peur et du tout sécuritaire. Dans ce contexte, le vivre ensemble et la cohésion sociale seront mis à mal, tant que nous vivrons dans une société en crise où les inégalités prolifèrent, où les discriminations persistent et où l’islam est systématiquement criminalisé. Le bon sens nous appelle à promouvoir le «vivre ensemble», d’y prendre part activement et d’en être responsable. Le premier pas dans cette direction exige une meilleure connaissance de l’autre et de son identité. Il nous faut réapprendre à approcher l’autre dans sa complexité et à respecter sa différence.


[1] Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/12/15/l-opposition-fustige-les-propos-de-nadine-morano_1281103_823448.html

[2] Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/12/08/m-sarkozy-respecter-ceux-qui-arrivent-respecter-ceux-qui-accueillent_1277422_823448.html. « Respecter ceux qui accueillent, c’est s’efforcer de ne pas les heurter, de ne pas les choquer, c’est en respecter les valeurs, les convictions, (…) chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation et, conscient de la chance qu’il a de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avec l’humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu’il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre. »

[3] Titre de l’ouvrage de Mathieu Rigouste : « l’ennemi intérieur : la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine », éd. La découverte.

Être au service de ses frères et de ses soeurs

doIt Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile d’être dans un monde violent et sans finalité. Les  relations humaines sont conçues sous l’angle des intérêts. L’individualisme forcené lié au matérialisme illusoire et dévastateur a pris le dessus dans les rapports humains. Certains profitent de leur situation privilégiée pour asseoir leur pouvoir aux dépens des autres tandis que d’autres s’enrichissent en exploitant les plus pauvres.

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S’aimer en Dieu : de la parole à l’action

salihinesPourquoi s’aimer en Dieu ? Quelles sont les raisons et les motivations qui nous incitent à nous aimer en Dieu ? Certes, la foi implique de s’aimer les uns les autres en Dieu et pour Dieu ; le Prophète (prière et bénédiction de Dieu sur lui) a dit : « Trois sentiments font goûter à celui qui les éprouve la douceur de la foi : aimer Dieu et Son Messager plus que toute autre chose, aimer son frère (sa sœur) uniquement pour l’amour de Dieu et détester revenir à l’infidélité à Dieu comme l’on déteste se voir jeté au feu » Hadith unanimement reconnu authentique rapporté selon Anas (DAS).

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