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Une nouvelle année de l’Hégire : un bilan s’impose

 

Nous accueillons une nouvelle année de l’Hégire qui nous rappelle l’exil du Prophète (PSDL) de la Mecque vers Médine. L’Hégire renferme beaucoup d’enseignements dont le plus important est le fait de s’exiler du mal, du péché. Cette dimension est décrite dans Le Coran : « Et de l’abomination [le péché, le mal, le détestable], exile-toi donc » et illustrée parfaitement dans le hadith du Messager (PSDL) : « L’exil c’est de quitter tout ce que Dieu a interdit ».

Ainsi Houdeyfa ibn Al Yamane (DAS) disait dans le hadith authentique : « Les compagnons du Prophète (PSDL) l’interrogeaient à propos du bien et moi je l’interrogeait à propos du mal afin de ne pas y sombrer… ».

Un bilan s’impose

Cette nouvelle année doit donc nous amener à faire une rétrospective de la partie révolue de notre vie. Si le fidèle, dans sa relation avec Dieu, était en progression ou en régression. Si les bonnes actions l’emportent sur les mauvaises, le fidèle doit remercier Dieu et L’implorer de lui permettre de goûter la douceur de la foi et persévérer dans son cheminement. Et si, par malheur, les mauvaises actions dominent les bonnes, alors le fidèle doit réaliser sa Tawbah sincère devant Dieu, rectifier le tir et prendre les fermes résolutions de ne plus recommencer ou sombrer dans l’insouciance et l’oubli qui mènent à des actes blâmables.

N’oublions pas que chaque minute qui passe nous rapproche inexorablement vers notre fin, vers notre rendez-vous inéluctable avec Dieu.

Chaque fidèle doit donc accueillir ce nouvel an avec une ferme résolution et une réelle détermination à quitter les turpitudes et tout ce qui est blâmable ; à déployer les efforts nécessaires pour rapprocher de Dieu et s’attirer ainsi Sa satisfaction et Son amour.

Il est impératif que chacun et chacune d’entre nous examine sa conduite, corrige ses comportements et purifie son âme. Chacun et chacune d’entre nous doit entamer un véritable travail sur soi pour faire son propre exil du mal, du péché de l’insouciance et en purifiant son cœur de tout ce qui éloigne de Dieu.

Aspirer à l’excellence pendant la dernière décade du mois du Ramadan

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Le mois du Ramadan se présente à la fois comme un baromètre de la foi, car il permet de mettre en évidence piété du fidèle ; et  un chronomètre de la vie qui indique celle-ci s’écoule très vite. En effet, le mois du Ramadan est un mois, dont les bienfaits sont abondants et les grâces sont considérables ;  mais il rappelle, en même temps,  aux fidèles le caractère combien court, combien éphémère de la vie terrestre et qu’au final, le fidèle s’achemine inexorablement vers Son Seigneur et va à Sa rencontre pour sûr.

La dernière décade du mois du Ramadan est une occasion privilégiée pour se consacrer entièrement à Dieu, d’exceller dans Son adoration et de redoubler d’efforts afin de goûter la douceur de la foi et accéder à la proximité du Tout Miséricordieux.

Le Prophète (r) avait l’habitude d’exceller et d’intensifier les efforts au cours de la dernière décade de Ramadan, plus qu’il ne le faisait durant les autres jours du jeûne. Selon Aîcha (t) : « Quand arrivait la dernière décade du mois du Ramadan, le Prophète (r) veillait toutes les nuits en prière et en présence à Dieu. Il réveillait les membres de sa famille pour profiter de ces moments précieux et redoublaient d’efforts »[1].

Le prophète (r) entreprenait une retraite spirituelle (I3tikâf) à la mosquée et nous conseillait fortement de rechercher avec insistance la nuit la plus bénie et la plus aimé par Dieu (Laylat-oul-Qadr), et qui est meilleure en terme d’adoration, de bonté et de générosité que mille mois soit 83 années et 4 mois. Dieu dit : « Nous l’avons certes fait descendre la nuit de la destinée. Et quelle merveilleuse nuit que la nuit la destinée ! Car la nuit de la destinée est meilleure que mille mois réunis. C’est au cours de cette nuit que descendent, avec la permission de leur Seigneur, les anges et l’Esprit saint pour exécuter tout ordre divin. Et c’est au cours de cette nuit que règne une paix ineffable jusqu’au lever de l’aurore ! »[2].

La retraite spirituelle consiste à s’extirper à son environnement, submergé de vacarmes et de perturbations, pour pouvoir s’adonner entièrement à l’adoration de Dieu. Il s’agit de détacher son cœur et son esprit, l’espace d’une décade, de toutes les préoccupations pour se recentrer sur Dieu et demeurer en permanence dans Sa présence.

Pour le fidèle, qui aspire à l’excellence, la gestion du temps est déterminante dans son cheminement vers Dieu. C’est pour cette raison, qu’il accorde une attention particulière aux moments d’exceptions que représente la dernière décade du mois du Ramadan. Le fidèle déploie les efforts nécessaires afin d’exploiter, comme il se doit, ces instants précieux et privilégiés. Ces moments sont propices pour s’ancrer dans le temps de la présence à Dieu et de la spiritualité et non celui du laisser-aller et de l’insouciance.

La dernière décade du mois du Ramadan est une occasion à ne pas rater. Ce sont des moments  où il faut intensifier les efforts pour retrouver le sens de l’effort. Ce sont des instants de méditation, de présence à Dieu pour élever la perspective de son aspiration au-delà de son horizon limité.

Nous implorons Dieu, Tout Puissant, de nous accorder Son amour, nous recouvrir de Sa Miséricorde durant cette décade bénie du mois du ramadan et de nous aider à en tirer le maximum de profit.

[1] Rapporté par Boukhari et Moslim.

[2] Coran : Sourate 97, la Destinée (Al-Qadr).

« Prosterne-toi et rapproche-toi »

La prière est le pivot central de la foi. Elle est le lien intime entre ton cœur et Celui qui t’a fait être. Le fidèle s’extirpe à l’emprise des préoccupations quotidiennes pour se mettre devant Dieu, aller à Sa rencontre et chercher Sa proximité. Le corps aussi bien que le cœur doivent participer, associés, à l’attitude globale de présence et d’humilité devant Dieu.

La prière est l’ascension de ton âme vers le Clément, le Compatissant. Entrer en prière c’est communiquer directement, et sans intermédiaire, avec L’Être suprême. C’est initier un dialogue serein entre ton cœur et Dieu, Lui exposer tes demandes et tes aspirations, Lui confier tes déchirements et tes négligences. Voici les termes de ce dialogue tels que le Prophète (PSDL) les rapporte dans un hadith qodsi : Dieu dit : « Je partage la prière avec mon adorateur » ; quand il dit : « Gloire à Dieu, Maître des mondes ! », je réponds : « Mon adorateur Me glorifie ! », quand il dit : « Le Clément, Le Compatissant ! » Je dis : « Mon adorateur Me fait louange ! », quand il dit : « Roi du jour du jugement ! », je dis : « Mon adorateur M’exalte ! » ; quand il dit : « C’est Toi que nous adorons, c’est de Toi que nous attendons assistance ! », je dis : « C’est le lien entre Moi et Mon adorateur ! », quand il dit : « Guide-nous dans le droit chemin, le chemin qu’ont suivi ceux que Tu as comblé de Tes bienfaits, qui ne sont ni l’objet de Ton courroux ni des égarés ! », je dis : « Cette faveur sera accordée à Mon adorateur, son vœu sera exaucé ! ».[1]

 Ne relâche pas la persévérance dans la prière. C’est la voie pour accéder à l’amour Dieu. Le Prophète (PSDL) dit en attribuant ces paroles à Dieu : « (…) Mon adorateur, s’il persévère dans les actes surérogatoires, finira par mériter Mon amour. Quand Je l’aurai aimé, Je deviendrai son ouïe avec laquelle il entend, sa puissance de vision avec laquelle il perçoit le monde, sa main avec laquelle il agit et son pied avec lequel il marche. S’il M’invoque J’exaucerai son vœu, s’il se réfugie en Moi Je serai Son protecteur »[2].

Renouvelle ton intention et concentre-toi devant Sa Majesté. Prosterne-toi avec humilité et modestie devant Sa Grandeur. La prosternation face contre terre permet l’élévation de ton âme et l’éveil de ta conscience. Et c’est à ce moment là, que tu es le plus proche de Dieu, le Prophète (PSDL) disait : « Le moment ou l’adorateur le plus proche de Dieu  est celui ou il est en prosternation, multipliez donc les invocations »[3].

La prière, accomplie comme il se doit avec présence de cœur et d’esprit, donne la force qui permet à chacun de surmonter les difficultés et d’assumer ses responsabilités. Mais, La présence à Dieu dans la prière nous manque énormément. L’insouciance a su dominer nos cœurs et l’oubli nous aliéner. Que Dieu remplisse nos cœurs de Son amour, de Sa lumière et de Sa Miséricorde afin que nous puissions témoigner de notre foi et rayonner de ses valeurs de bonté, de générosité et de justice.

[1]  Hadith rapporté par Moslim, Ahmed, Tirmidi, Abou Daoud, An Nassaî et ibn Maja selon Abou Hourayra (t).

[2]  Rapporté par Al-Boukhari selon Abou Hourayra (t).

[3]  Rapporté par Moslim, Ahmed et An-Nassaî selon Abou Hourayra (t).

[Vidéo : résumé du prêche du vendredi] La prière, une ascension spirituelle

Bon Vendredi à toutes et à tous. Profitez de ce jour béni en allant prier à la mosquée si vous le pouvez. Voici une vidéo qui résume notre prêche du vendredi intitulé « La prière, une ascension spirituelle « . Un bon rappel à partager.

Un retour sincère à Dieu

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Les musulmans ainsi que l’ensemble de l’humanité abordent une nouvelle année. C’est l’occasion pour chacun de faire le bilan de la période révolue de sa vie et de prendre de bonnes résolutions. Pour le fidèle, soucieux de sa complétude morale et de son accomplissement spirituel, c’est l’occasion d’examiner sa conduite, d’interroger sa pratique religieuse, de purifier son âme et de donner du sens et de la cohérence à son engagement.

Le fidèle doit entamer un véritable travail sur soi pour réaliser un retour sincère à Dieu, de faire son propre exil du mal, du péché de l’insouciance et en purifiant son cœur de tout ce qui peut rompre son lien avec Dieu.

Cette nouvelle année doit amener chacun et chacune à faire son bilan. Le fidèle doit savoir si, dans sa relation avec Dieu, il était en progression ou en régression. Si les bonnes actions l’emportent sur les mauvaises, le fidèle doit remercier Dieu et L’implorer de lui permettre de goûter la douceur de la foi et persévérer dans Sa voie. Et si les mauvaises actions dominent les bonnes, alors le fidèle doit se dépêcher de réaliser sa Tawbah, son retour sincère à Dieu, rectifier le tir et prendre les fermes résolutions de ne pas récidiver.

Un retour sincère à Dieu consiste, après avoir reconnu ses erreurs, à éprouver du regret de les avoir commis et à prendre la ferme résolution de ne pas rechuter. Il n’est pas donné à l’homme d’être infaillible, seuls les hommes de Dieu par excellence font exception. Le fidèle doit être vigilant vis-à-vis de soi-même pour ne commettre aucune mauvaise action. Mais la faiblesse humaine fait que nous sommes sujet à de l’oubli, à de l’insouciance et  à de la négligence … Il est agréable à Dieu de voir Son adorateur Lui revenir et implorer humblement Son pardon. Le Messager de Dieu (PSDL) a dit : « Dieu  est plus heureux du repentir de Son adorateur, quand il revient à Lui repentant, que l’un de vous qui se trouve dans une région désertique isolée de tout, avec sa monture. Tout à coup, celle-ci lui échappe, en emportant toute sa nourriture et sa boisson. Alors, désespéré, il se repose à l’ombre d’un arbre, quand soudain, sa monture se présente à lui.  Alors, émerveillé, il dit, en la tenant par la bride : « Seigneur !  Tu es mon Adorateur et je suis Ton Seigneur  » – sa joie extrême lui faisant faire ce lapsus. »[1]

L’essentiel pour le fidèle est de rester vigilant, de faire suivre la mauvaise action d’une bonne action elle l’effacera et surtout de ne jamais perdre espoir en la Miséricorde de Dieu. Dieu dit : « Dis : « Ô Mes Adorateurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez point de la Miséricorde divine ! En vérité, Dieu absout tous les péchés, car Il est le Clément et le Compatissant. »[2]

Nous demandons à Dieu de nous permettre de réaliser un retour sincère vers Lui, de nous donner l’énergie, en ce début d’année, de prendre les bonnes résolutions pour un engagement sincère et durable, et qu’Il nous pardonne nos péchés. Amine !

[1] Hadith authentique rapporté par Boukhari et Moslim selon Anas Ibn Malek (DAS).

[2] Coran : Sourate 39, Verset 53.

Sagesse de Sidi ‘Abd al-Qâder al-Jîlânî

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« Cherche secours auprès du Vrai – à Lui la Toute Puissance et la Majesté – ! Reviens à Lui en suivant les pas du regret et en Lui présentant tes excuses, afin qu’Il te délivre des mains de tes ennemis, et qu’Il te sauve de l’abîme de la mer où tu sombres !

Souviens-toi des conséquences (néfastes) de la position qui est la tienne et de la vie que tu mènes ; et ainsi, Il rendra pour toi facile le fait de t’en séparer !

Tu vis à l’ombre de l’arbre de l’inconscience. Sors de son ombrage, et tu verras la lumière du soleil, et tu reconnaîtras le chemin.

On cultive l’arbre de l’inconscience avec l’eau de l’ignorance.

On cultive l’arbre de l’éveil avec l’eau de la réflexion.

On cultive l’arbre du repentir avec l’eau du regret.

On cultive l’arbre de l’amour avec l’eau de la conformité. »

La conformité (almuwâfaqa) signifie le fait d’adhérer au corps de principe institué par Dieu et illustré parfaitement par le Messager de Dieu (PSDL), en  accomplissant les obligations que Dieu nous a assigné, en évitant les actes blâmables et en faisant aux éprueves avec patience, courage et détermination. Être pour Dieu et agir avec conscience selon la voie claire que le Prophète (PSDL) nous a montré.  

Source : Extrait du Livre Al-Fat’h ar-rabbânî wa al-fayd ar-rahmânî, de ‘Abd al-Qâder al-Jîlânî.

L’exil (Al-Hijra) : sens et enseignements

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Le Prophète et l’ensemble de ses compagnons avaient dû quitter la Mecque à cause des persécutions et de l’adversité de leurs propres frères et sœurs au sein de leur clan respectif. La situation était devenue intenable, des femmes et des hommes étaient morts, d’autres avaient été torturés et les Quraysh avaient finalement décidé de s’en prendre à Muhammad lui-même et de l’éliminer. L’émigration,  l’Hégire (al-Hijra), c’est d’abord clairement la réalité objective  de femmes et d’hommes croyants, à qui on ne laissait pas la liberté de pratiquer et de s’exprimer, et qui ont décidé de tout quitter au nom de leur conscience. Parce que « la terre de Dieu est vaste »[1], comme le rappellera le Coran, ils ont décidé de s’arracher à leurs racines, de rompre avec leur univers et leurs habitudes et de vivre l’exil au nom de la foi. La Révélation louera le courage et la détermination de ces croyants qui par leur geste, si difficile et humainement si coûteux, ont exprimé leur confiance en Dieu : « Ceux qui ont émigré pour Dieu après avoir subi des injustices, Nous leur affecterons un séjour agréable en ce monde, et leur rétribution dans la vie future sera encore plus belle, si seulement ils savaient. Ceux qui ont patienté et qui ont placé leur confiance en leur Seigneur. »[2]

L’exil est donc une épreuve de la confiance, une fois encore. Tous les Prophètes ont vécu cette épreuve du cœur, de façon toujours très intense, et tous les croyants à leur suite. Jusqu’où sont-ils prêts à aller, que sont-ils prêts à donner, d’eux-mêmes et de leur vie, pour l’Unique, Sa vérité et Son amour. Telles sont les questions éternelles de la foi qui accompagnent chacune des expériences temporelles et historiques de la conscience croyante. L’Hégire fut une des réponses de la communauté musulmane à l’origine de son existence.

Dans les faits, l’exil va aussi exiger des premiers musulmans d’apprendre à rester fidèles au sens des enseignements malgré le changement de lieu, de culture et de mémoire. Médine, c’était d’autres habitudes, d’autres types de relations sociales, un rôle tout à fait différent pour les femmes (socialement bien plus présentes qu’à la Mecque) et des relations entre tribus plus complexes auxquelles il fallait ajouter la présence influente – et nouvelle pour les musulmans – des communautés juives et chrétiennes. Très tôt, après moins de treize ans, la communauté de foi va devoir, en suivant l’exemple du Prophète, faire la part des choses entre ce qui tenait des principes islamiques et ce qui tenait davantage de la culture mecquoise. Ils devaient rester fidèles aux premiers tout en apprenant à être flexibles, et critiques, vis-à-vis de leur culture d’origine. Ils devaient même s’efforcer de réformer certaines de leurs attitudes plus culturelles qu’islamiques. ‘Umar ibn al-Khattâb l’apprit  à ses dépens quand, après avoir réagi très sévèrement à la manière dont sa femme lui avait répondu (et qui était impensable à la Mecque), il s’entendit rétorquer qu’il devait le supporter et l’accepter de la même manière que le Prophète l’acceptait. Expérience difficile pour lui, comme pour d’autres, qui aurait pu être tenté de croire que leurs habitudes et leurs coutumes étaient en soi islamiques : l’Hégire, l’exil, va révéler qu’il n’en est rien et qu’il convient de questionner chacune de ses pratiques culturelles, d’abord au nom de la fidélité aux principes, mais également afin de s’ouvrir aux autres cultures et de s’enrichir de leurs richesses. Ainsi le Prophète, apprenant qu’un mariage allait avoir lieu parmi les Ansâr[3], demanda à ce que deux chanteuses leur soient envoyées car, fit-il remarquer, ceux-ci aimaient le chant. Non seulement il reconnaissait ainsi un trait, un goût culturel, qui en soi n’était point en contradiction avec les principes islamiques, mais il l’intégrait comme un apport positif, une richesse, à sa propre expérience humaine. L’Hégire fut donc également une épreuve de l’intelligence invitée à distinguer entre les principes et leur manifestation culturelle avec, de surcroît, un appel à l’ouverture et à l’accueil confiant de nouvelles coutumes, de nouvelles façons d’être et de penser, de nouveaux goûts. Ainsi l’universalité des principes se mariait-elle avec l’impératif de la reconnaissance de la diversité des modes de vie et des cultures. L’exil en était l’expérience la plus immédiate et la plus profonde puisqu’il s’agissait de s’arracher de ses racines tout en restant fidèles au même Dieu, au même sens, dans différents milieux.

A mi-chemin entre les enseignements historiques et les méditations spirituelles, l’Hégire est également l’expérience de la libération. Moïse avait libéré son peuple de l’oppression de Pharaon, il l’avait mené vers la foi et vers la liberté. L’essence de l’Hégire est exactement de même nature : persécutés à cause de leurs convictions, les croyants décident de fuir la tutelle de leurs tortionnaires et d’entamer leur marche vers la liberté. Ils affirment ainsi qu’il ne peut être question d’accepter l’oppression, qu’il ne peut être question d’accepter un statut de victime et qu’au fond l’équation est simple : dire Dieu impose d’être libre ou de se libérer. C’était déjà le message que le Prophète puis Abû Bakr avaient transmis à tous les esclaves de la Mecque : leur entrée en islam signifiait leur libération et tous les enseignements de l’islam étaient tournés vers la fin de l’esclavage. C’était désormais un appel plus large adressé à l’ensemble de la communauté spirituelle des musulmans : la foi exige la liberté et la justice et il faut être prêt, comme ce fut le cas avec l’Hégire, à en payer personnellement et collectivement le prix.

La dimension spirituelle de ces enseignements n’est point éloignée ; au demeurant elle les fonde et leur donne sens. Dès les premières révélations, Muhammad avait été invité à s’exiler[4] de ses persécuteurs autant que du mal : « Reste patient quant à ce qu’ils disent et éloigne-toi d’eux [exile-toi d’eux] d’un bel exil. »[5]

puis :  « Et de l’abomination [le péché, le mal, le détestable], exile-toi donc . »[6]

Telle fut également l’attitude d’Abraham, que son neveu Loth fut l’un des seuls à croire et à reconnaître, lorsqu’il s’adressa à son peuple en ces termes : « Et Abraham leur dit : ‘Vous n’avez adopté des idoles en dehors de Dieu que pour consolider, entre vous, l’amour qui vous attache à ce bas monde ; mais, le jour de la Résurrection, vous vous renierez et vous vous maudirez les uns les autres. Et, sans pouvoir bénéficier d’aucun secours, vous aurez l’Enfer pour dernière demeure. Loth crut en lui et Abraham dit : ‘Je m’exile auprès de mon Seigneur [innî muhâjirun ilâ Rabbî], car Il est Lui, le Tout-Puissant, le Sage. »[7] 

L’Hégire, c’est l’exil de la conscience et du cœur loin des faux dieux, des aliénations de toutes sortes, du mal et des péchés. S’éloigner des idoles de son temps – du pouvoir, de l’argent, du culte des apparences, etc. – ; émigrer loin des mensonges et des modes de vie sans éthique ; se libérer, par l’expérience de la rupture, de toutes les apparences de liberté paradoxalement confortées par nos habitudes ; telle est l’exigence spirituelle de la Hijra. Plus tard, interrogé par un compagnon sur la meilleure des hijra, le Prophète répondra : « C’est de t’exiler [t’éloigner] loin du mal [abominations, mensonges, péchés]. »[8] Il répétera sous différentes formes cette exigence de l’exil spirituel.

Ainsi, les musulmans qui ont accompli l’Hégire – de la Mecque à Médine – ont dans les faits expérimenté la dimension cyclique des enseignements de l’islam puisqu’il s’est agi pour eux d’effectuer un nouveau retour à soi, une émigration du cœur. Leur voyage physique vers Médine fut un exil spirituel vers l’intériorité de leur l’être ; en quittant leur ville et leurs racines, ils revenaient à eux-mêmes, à leur intimité, au sens de leur vie au-delà de ses contingences historiques.

L’Hégire physique, acte fondateur et axial de l’expérience de la première communauté islamique, a eu lieu et ne se renouvellera pas comme l’exposera avec force ‘Aïsha à tous ceux qui voulaient, à Médine, revivre cette expérience. ‘Umar ibn al-Khattâb décidera plus tard que cet événement unique allait marquer le début de l’ère islamique qui commence donc en 622 selon un décompte qui s’appuie sur les cycles lunaires. Ce qui donc reste et demeure offert à chacun à travers les âges et pour l’éternité est l’expérience de l’exil spirituel qui ramène l’individu à soi et le libère des illusions du soi et du monde. L’exil au nom de Dieu est au fond une série de questions que Dieu pose à chaque conscience : qui es-tu ? quel est le sens de ta vie ? où vas-tu ? Accepter le risque de cet exil, faire confiance à l’Unique, c’est répondre : par Toi, je reviens à moi et je suis libre.

 



[1] Coran  39 : 10

[2] Coran 16 : 41-42

[3] C’était le nom donné aux musulmans de Médine (les Auxiliaires) alors que les musulmans de la Mecque allaient désormais être appelés les Muhâjirûn (les Exilés).

[4] Le Coran utilise le même mot ha-ja-ra : « uhjurhum » (exile-toi d’eux) ou « fahjur » (exile-toi donc).

[5] Coran  73 : 10

[6] Coran 74 :  5

[7] Coran 29 : 25-26

[8] Hadîth rapporté par Ahmad.

Source :   https://tariqramadan.com/avec-le-prophete-muhammad-paix-soit-sur-lui-23/

 

Voici venu le purificateur

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Dans quelques jours, les musulmans de part le monde vont jeûner le mois du Ramadan et vivre un temps fort, un temps sacré de spiritualité, de solidarité et de partage fraternel. Le jeûne est l’épreuve  de purification annuelle qui permet  au musulman de revenir à lui-même afin de méditer le sens et ajuster ses pensées.

Le jeûne du mois du Ramadan est une école de maîtrise de soi où le fidèle cultive la persévérance et l’endurance. Un mois où le fidèle contrôle ses passions, refuse les émotions et les excitations et maîtrise ses pulsions et ses mauvais penchants. Certes, le jeûne du mois du Ramadan est un effort exigeant mais c’est l’ascèse par laquelle le fidèle se réforme, se purifie et discipline son égo.

Le mois du Ramadan est aussi le mois de la miséricorde, du pardon et de la paix. Le fidèle doit purifier son cœur de toutes les rancunes, de l’animosité et de l’infâme. Jeûner pour le fidèle c’est être en paix et promouvoir la paix. Le Messager de Dieu (PSDL) dit : « Le jeûne est un bouclier. Lorsque l’un de vous jeûne, qu’il ne prononce pas de paroles obscènes et qu’il ne se mette pas en colère. Si quelqu’un l’insulte ou l’agresse, qu’il dise : “ paix, Je jeûne ”  »[1].

Ainsi, Le jeûne représente beaucoup plus qu’une simple abstinence de boire et de manger. Le musulman en état de jeûne doit se garder des choses douteuses, s’abstenir du mensonge et de la médisance et ne pas nourrir des intentions belliqueuses contre autrui. Le Messager de Dieu (PSDL) dit : « Celui qui ne s’abstient pas de mentir et d’agir en pur mensonge, Dieu n’a que faire de son renoncement à son manger et à sa boisson »[2].

Le mois du Ramadan est également une école pour consommer autrement. Jeûner c’est prendre conscience de ce que nous consommons et comment nous nous comportons.   Consommer moins et donner plus à ceux qui sont dans le besoin.  Le Messager de Dieu (PSDL), notre modèle par excellence, a toujours été généreux, mais il l’était davantage pendant le mois du Ramadan.

Durant le mois du ramadan,  chaque musulman (e) doit relever le défi de l’amour, amour de Dieu, amour des êtres. Chaque fidèle doit redoubler d’efforts en termes de bonté, de spiritualité et de générosité afin de s’attirer la Miséricorde et la proximité de Dieu. Dans le hadith authentique, le Prophète (PSDL) dit en attribuant ces paroles à Dieu : « Qui vient vers Moi à pas lents, Je viendrai à sa rencontre à pas rapides »[3].

[1] Hadith unanimement reconnu authentique rapporté selon Abou Hourayra (t).

[2] Rapporté par Al-Boukhari selon Abou Hourayra (t).

[3]  Hadith unanimement reconnu authentique rapporté selon Abou Hourayra (DAS).

 

Du temps pour méditer et se souvenir de Dieu

arbre miroir

Notre monde actuel est violent et en souffrance. Un monde marqué par les injustices,  les conflits et les rapports de domination.  Un monde porté par  le matérialisme illusoire qui ne produit ni épanouissement ni libération mais uniquement des dépendances et des frustrations. Un monde où il est de plus en plus difficile d’être, de se poser un moment, d’être à l’écoute de ses besoins, d’avoir un temps de recueillement, de méditer le sens et d’ajuster ses pensées.

Dans le Coran, Dieu nous invite à observer attentivement la création, à méditer sur les manifestations de la Majesté et de la Splendeur divines exprimées dans l’univers et à en tirer des enseignements : « En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, mentionnent Dieu et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : Notre Seigneur ! Tu n’as pas crée cela en vain. Gloire à Toi ! Préserve-nous du châtiment du Feu »[1].

Le Prophète (PSDL), notre modèle par excellence, méditait sur le Coran et la création. Selon  Aîcha (DAS) : « Le Prophète (PSDL) m’a demandé  une nuit : “ Ô Aîcha ! Cette nuit, je veux me consacrer à l’adoration de Mon Seigneur ” Je lui ai répondu : “ Par Dieu ! J’aime ta proximité et j’aime aussi ce qui te fait plaisir ”. Elle dit : Il se leva, se purifia puis il se mit à prier ; il ne cessa de pleurer jusqu’à ce qu’il mouilla son giron, puis il pleura jusqu’à ce qu’il mouilla le sol. Puis Bilal (DAS) vint l’appeler pour la prière, lorsqu’il le vit pleurer, il dit : “ Ô Messager de Dieu !  Pourquoi pleures-tu alors que Dieu a pardonné tes péchés passés et futurs ”. “ Pourquoi pas ! répondit le prophète (PSDL), ne serai-je pas un adorateur reconnaissant ? Il m’a été révélé cette nuit, des versets du Coran, malheur à celui (ou celle) qui les lis et qui ne les médite pas ” : (En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a des signes pour les doués d’intelligence ….) »[2].

La médiation est un excellent moyen pour se rapprocher de Dieu, pour l’aimer et reconnaître Sa Souveraineté. Elle est, également, un moyen pour être en paix, pour détendre le corps et évacuer le stress et l’anxiété. Conjuguée avec du dhikr (souvenir de Dieu), la méditation permet au fidèle de retrouver l’équilibre du côté spirituel et de s’épanouir moralement et spirituellement.

Prendre le temps pour méditer et se souvenir de Dieu, c’est donner du sens à son cheminement, de la substance à sa foi, de la cohérence à son engagement et de l’exigence vis-à-vis de son action.

Se souvenir de Dieu et répéter inlassablement Son nom mène à la présence de Dieu. Dans le hadith qodsi : « Je fais de Mon adorateur ce qu’il attend que Je fasse de lui (il faut avoir bonne opinion de Dieu, avoir foi en Sa bonté). Je suis présent en son cœur chaque fois qu’il se souvient de Moi en répétant Mon nom. S’il se souvient de Moi à part soi, Je Me souviens de lui à part Moi-même. S’il se souvient de Moi en assemblée, Je mentionne son nom dans une assemblée meilleure. S’il s’approche de Moi d’un empan, Je M’approche de lui d’une brassée. S’il s’approche de Moi d’une brassée, Je M’approche de lui de toute l’envergure des deux bras tendus. S’il vient à Moi en marchant, Je vais à lui en toute hâte »[3].

C’est un grand privilège de se savoir viser par ce hadith, c’est un grand privilège d’être destinataire de ce message d’amour et de proximité de la part de Notre Seigneur. Gloire et louange infinie à Dieu, éternellement Bienveillant et Généreux, qui montre le chemin pour Le connaître et l’aimer en nous dotant de la faculté de méditer et d’être présent à Lui.

[1] Coran : S. 3, V. 190 – 191.

[2]  Hadith authentique rapporté par Ibn Hibbane selon Aîcha (t) et authentifié par Al-Albani.

[3] Rapporté par Boukhari et Moslim selon Abou Hourayra (t).

 

Une Voie, un cheminement

se recentrer sur Dieu

Le Messager de Dieu (PSDL) a dit : « Je vous ai laissé sur une voie claire, de jour comme de nuit, ne s’en égare que celui qui est voué à la perdition »[1].

 La voie claire est la clé du salut dans cette vie et dans la vie future. Être sur la voie c’est suivre sincèrement l’exemple du Prophète Mohamed (PSDL) qui était, à la fois, le Messager et l’illustration parfaite du Message. Le chemin qu’il a tracé et appelé l’humanité, toute entière, à l’emprunter est le chemin de la clairvoyance, du discernement, de l’élévation spirituelle, de l’amour, de la bonté, de la justice, de la dignité, de la résistance et de la non-violence.

« Dis : “ Voici ma voie ! J’appelle les gens à Dieu, moi et ceux qui me suivent, en toute clairvoyance ” »[2].

Pourtant, le monde musulman, qui revendique son attachement au modèle prophétique, est en perte de repères aujourd’hui. Il se trouve dans un état de dictature, de guerre, de misère, de souffrance et de sous-développement. Le monde musulman est incapable, aujourd’hui, de retrouver sa place dans le concert des nations et d’apporter sa contribution à la civilisation humaine. S’est-il égaré de la voie claire ? A t-il trahi les enseignements du Prophète (PSDL). Dieu dit : « Que ceux qui trahissent le modèle du Messager et dévie de sa voie, prennent garde d’être touchés par un malheur ou d’être accablés par un châtiment cruel »[3].

Comment trouver la voie claire et la suivre ? Comment savoir qu’on est sur le droit chemin ?

D’abord, il faut revenir à notre référentiel spirituel, retrouver notre modèle par excellence afin de nous réconcilier en profondeur avec le message et  penser notre présence ne termes de témoignage et de rayonnement. Suivre la voie claire, c’est l’école de l’exigence avec soi, de la réforme continue de son être. Tant que l’on n’aura pas trouvé la voie du Messager, on ne goûtera pas la douceur de la foi et on ne s’épanouira pas moralement et spirituellement.

Suivre la voie claire du Prophète (PSDL) ne se résume pas à imiter ses actes d’adoration, qui est une obligation pour tout musulman. Mais, c’est un appel du cœur avant celui du corps. Il s’agit de découvrir le modèle par excellence dans sa globalité, la noblesse de son caractère, la douceur de son comportement et la qualité  de son engagement.

Imiter sincèrement le Prophète (PSDL) c’est être en paix, apaiser son égo et le discipliner. C’est prendre conscience de ses responsabilités et les assumer, c’est s’engager, en nom de la spiritualité, pour la justice et la dignité.

L’imam Malik ibn Anas disait : «  La Sunna [La Voie du Messager (PSDL)], c’est l’Arche de Noé, quiconque s’embarque dessus atteint le salut et quiconque s’en détourne court à sa perte »

[1] Hadith authentique rapporté par l’imam Ahmed et Ibn Majah selon Al-‘Irbad Ibn Sariya ; authentifié par Al-Albani.

[2] Coran : S. 12, V. 108

[3] Coran, S. 24, V. 63.