Archives mensuelles : février 2015

À la rencontre du Coran [conférence]

Conférence donnée dans le cadre de Bible-Expo Mantes la Jolie en Octobre 2013 sous le titre :  Juifs, Chrétiens et Musulmans devant leurs Ecritures

 Objectif de la conférence : offrir aux auditeurs une présentation aussi claire que possible de la manière de comprendre et de recevoir les écrits sacrés dans chacune des trois religions. (par « Ecritures » ou « saintes Ecritures », on entend toujours les textes sacrés auxquels se réfère chacun dans sa propre religion)

 À la rencontre du Coran 

coran

Présentation :

Définition : Le mot Coran signifie : la Récitation, la Lecture, la lecture par excellence.       « Le Coran est la parole de Dieu, révélée à Son Messager Mohammed (PSDL), par l’intermédiaire de l’ange Gabriel durant 23 années, en langue arabe claire et explicite, c’est par sa lecture qu’on adore Dieu ».

Selon la tradition musulmane, le texte du Coran a été élaboré en trois étapes principalement. La 1ère étape : celle de la constitution du texte a été réalisée à l’époque de la vie du Messager de Dieu (PSDL). C’était d’abord une tradition orale mais déjà, sur recommandation du Messager, des scribes, un des plus connus Zayd Ibn Thabit, choisis par lui transcrivaient les versets révélés sur tous les matériaux à disposition, les omoplates de chameaux ou toute autre sorte de support. Pendant 23 années, l’ange Gabriel transmit le texte au Messager de Dieu (PSDL) et chaque année, durant le mois du Ramadan, il venait lui faire réciter l’ensemble du texte révélé jusqu’alors. Lors de la dernière année de la vie du Messager, l’ange Gabriel le lui a fait réciter deux fois dans l’ordre et sous la forme que nous connaissons aujourd’hui. 2nde étape : après la mort du Messager (PSDL) et particulièrement en 633 qui a vu la mort de plus de 70 personnes connaissant le Coran par cœur, il a été décidé sur suggestion de Omar Ibn Khattab (2ème calife) qu’il fallait réunir les feuillets épars et constituer un texte complet. Ce sera le premier mushaf (réunion de feuillets) qui sera déposé chez une femme, Hafsa, fille de Omar. 3ème étape : le 3éme calife Othman, en 653 20ans après la mort du Messager de Dieu (PSDL), voyant avec la dispersion des musulmans, que les lectures commençaient à diverger, a fait copier des exemplaires du Coran à partir de l’original de Hafsa et les a fait distribuer dans l’ensemble du territoire musulman en exigeant que ce texte soit désormais la référence. Un exemplaire de la copie de Othman lui-même est aujourd’hui en Turquie et daterait des années 650. Des expertises ont confirmé le caractère plausible de cette datation. Il existe une autre copie , celle de la Bibliothèque nationale égyptienne qui daterait de l’an 688, soit 56 ans après la mort du Messager de Dieu (PSDL).

La place éminente du Coran dans la foi musulmane :

Le Coran, pour le fidèle musulman, est un bien si précieux qui fait partie de son être le plus intime. Pour les musulmans, le Coran est le Texte de référence, la Source et l’Essence du message que Dieu a fait parvenir à l’humanité. Le Coran révèle, dévoile et oriente : il est une lumière (an-nûr) qui répond à la quête de sens inscrite dès l’origine dans l’intimité de chaque cœur. Le Coran enseigne aux consciences que la vie a un sens.

Le Coran comme révélation aux hommes, comme sens apporté à leur vie, est d’abord un discours, un langage humain pour des hommes qui parlent. Parce que, au VIIème siècle de l’ère commune, le messager choisi a été un homme vivant en Arabie, le message a été délivré en arabe ( comme, par le passé, il avait pu être délivré en hébreu par Moïse et en araméen par Jésus ). Mais ce qui importe, c’est le message dans l’élément du langage humain.

Pour celle ou celui qui a reconnu la Présence de Dieu et dont le cœur a embrassé l’islam, le Coran, parole de Dieu, parle à son être, à sa conscience, à son cœur intimement et sans intermédiaire et lui montre le chemin de l’amour de Dieu et de Sa proximité : « Voici Le Livre, il ne s’y trouve point de doute ; il est une Voie pour celles et ceux qui ont acquis la conscience de Dieu. » [2/2].

Plus qu’un texte, Le Coran est source de vie, d’énergie, de réflexion, qui marque notre façon de nous tenir dans le monde, qui façonne et imprègne notre intelligence comme notre sensibilité. Le Coran, qui est une invitation au dialogue lancée par Dieu au cœur de chacun.  Sourate Prologue. Un dialogue, intense, permanent, toujours renouvelé entre un Livre qui dit l’infinie simplicité de l’adoration de Dieu et un cœur qui exprime l’intense effort pour se libérer, aller à Sa rencontre et goûter la douceur de Sa présence et Sa proximité.

Le Coran appartient à toute l’humanité, au même titre que tous les livres qui ont donné du sens et de la cohérence à l’humanité, qui ont nourrit et enrichis l’âme et l’intelligence.

Le Coran est la propriété de chacun, sans différence, sans hiérarchie… Dieu, sans distinction, vient à celui qui vient à Son Verbe. Dieu est à proximité : « Si Mes créatures t’interrogent à Mon sujet, qu’ils sachent que Je suis tout près d’eux, toujours disposé à exaucer les vœux de celui qui M’invoque » [2/186].

Amélie Neuve-Eglise, intéressée par le Coran, le qualifie d’une vocation universelle : « Cependant, bien que la langue de la Révélation soit l’arabe, le message même contenu dans le Coran a une vocation universelle, et est donc destiné à être transmis à des populations non arabes ou arabisantes. Le verset 21/107 fait ainsi part de la dimension globale du message coranique :  » Et Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour l’Univers ».»

Le Coran parle à tout être humain et l’invite à se confronter au texte : « Ne méditent-ils donc pas le  Coran ? S’ils provenait d’un autre que Dieu, ils y trouverait certes maintes contradictions » [4/82]. Il s’agit que chacun ou chacune puisse se saisir du texte et y trouve une parole libératrice.

Beaucoup de gens, croyants ou non croyants, quand ils lisent le Coran, ils y cherchent des « vérités » tangibles tels que un et un font deux. Ou encore, ils veulent y trouver des « solutions » ou des « recettes » toutes prêtes concernant leurs questions et leurs problèmes concrets et immédiats. Or ce n’est pas la vocation du Coran ! Comme toute parole de Dieu d’ailleurs. Le Coran veut ouvrir à des vérités infinies et non point « finies », des vérités essentielles : celles qui concernent le sens de l’existence, la vie, la mort, la vie future… Le Coran s’inscrit, ainsi, dans une logique de l’essentiel. Il ne cherche pas à être immédiatement « utile » : il se veut « essentiel ». La force du Coran, en réalité, c’est que c’est un texte qui, par les questions essentielles qu’il pose, ne cesse d’interroger l’homme. Donne-t-il les réponses ? Il nous incite surtout à en trouver nous-mêmes, dans notre contexte à partir de tous les indices qu’il peut contenir.

Le défi de traduire :

Histoire de la traduction du Coran en français : André du Ryer a traduit pour la première fois le Coran en français en 1647, avec un tel succès qui a été suivi par sa traduction en plusieurs langues. Claude Savary l’a traduit de nouveau, six ans avant la Révolution française. Cette traduction à son tour a été à maintes reprises rééditée jusqu’au 20ème siècle. En 1840, Kazimirskyi, un aristocrate d’origine polonaise qui maîtrisait l’arabe ainsi que le persan s’est donné à la traduction du Coran, première traduction qui a été utilisée comme référence par des étudiants et des chercheurs. Par conséquent elle a connu plusieurs éditions. Pendant près d’un siècle, cette traduction reste la seule à servir de référence et d’autres traductions comme celles de Monet, de Pesle et de Tidjani n’arrivent pas à la rivaliser. Mais après un siècle, Blachère traduit le Coran et publie sa traduction, d’abord en 1951 et ensuite en1957. La caractéristique de cette traduction est qu’elle est issue des ressources de différentes écoles philologiques européennes. En outre, Blachère, considéré comme un excellent arabophone, a rédigé un manuel de grammaire arabe, utilisé en tant que référence dans les Universités françaises. Dans sa traduction, il a essayé de respecter la forme et la structure des phrases mais n’a pas réussi à retranscrire la beauté de la forme originale. Il n’a pas cité les différentes exégèses réalisées par les musulmans, facilitant la compréhension de leur livre sacré. De même, il a établi des comparaisons entre le Coran et la Bible. On a la traduction du poète Jean Grosjean en 1972 et de René Khawan en 1990, traductions dans lesquelles la forme du texte original a été respectée. Professeur Hamidullah, musulman indien, maîtrisant le français, a traduit le Coran en français vers 1959. Une traduction différente des autres de ce point de vue qu’elle comporte la tradition des écrits musulmans. De même, d’autres musulmans comme Hamza Boubakeur en 1972, Sadok Mazigh en 1980 et Salah Ed-din Keshrid en 1981 ont publié des traductions du Coran accompagnées de commentaires éclairants puisés dans diverses exégèses.  En 1990, André Chouraqui a traduit d’abord le Coran en hébreu et ensuite en français.

Derniers essais de traductions du Coran : De nos jours, on trouve davantage de traductions du Noble Coran renfermant divers aspects d’une traduction intégrante comme la fidélité au texte, la beauté du style et la considération des commentaires coraniques, comme celle de Jacques Berque publié en 1990. En plus, il y a des Français arabisants et convertis à l’Islam comme Yahya ’Alawi (Christian Bon) qui a commencé à traduire le Coran en collaboration de feu Javâd Hadidi. Ils ont essayé de présenter une nouvelle traduction dans le tome premier de « Voilà le Livre » paru en l’an 2000 comportant la traduction des deux premières sourates du Coran. Pourquoi une nouvelle traduction ? « La raison principale vient d’ailleurs de la parole de Dieu. Dans la sourate 54 (dite al-qamar : la Lune), à quelques versets d’intervalle, Dieu répète à quatre reprise : « Et certes nous avons fait le Coran aisé pour que l’on se rappelle : y aura-t-il alors quelqu’un qui se rappelle ? » (versets 17, 22, 32 et 40). Cette idée de « rappel » est fondamentale dans le Coran, où elle est représentée au moins par quelque 280 termes dérivés de la racine dkr.»(Alawi et Hadidi, 2000: 9) Selon les auteurs, le Coran est avant tout pour rappeler aux hommes leur entité, leur essence, ainsi que leur raison d’être dans ce monde et leur mission. Pour quoi l’homme a été créé.

La traduction n’est pas le texte original et nulle traduction n’est parfaite. Le Livre a été révélé en « une langue arabe claire» et pour tous les musulmans du monde, l’arabe est bien la langue du Coran. Il faut néanmoins éviter de confondre ce consensus sur la langue avec l’idée que la culture arabe serait la culture de l’islam. Il n’en est rien.

Certainement, en arabe, langue du Coran, la méditation sera plus approfondie et toute traduction ne peut pas être la parole divine ; mais tout de même, cette traduction doit pouvoir refléter les éclats de cette parole sacrée et c’est la raison pour laquelle MM. Alawi et Hadidi ont fait une nouvelle traduction du Coran : « Il faut bien d’abord avoir entendu l’appel et y avoir répondu. Or, cet appel, qui doit interpeller l’homme et susciter en lui l’éveil, ne peut être entendu par chacun que dans une langue qui est sienne. Le devoir de transmission du Message est donc aussi, au moins dans une certaines mesure, devoir de traduction, car on ne peut transmettre à quelqu’un que dans une langue qu’il comprend, faute de quoi on n’aurait rien transmis. » (Ibid.10).  La sainte sourate Abraham, verset 4 confirme ces réflexions : « Et nous n’avons envoyé de messager qu’avec la langue de son peuple, afin de les éclairer… ».

André Miquel, professeur au Collège de France ainsi que le directeur de la Bibliothèque Nationale qui a traduit une sourate du Coran, une traduction accompagnée d’études et de commentaires, dans son ouvrage L’Evènement, Le Coran : sourate LVI, croit que « La langue du Coran est d’une densité que l’on aura bien du mal à faire passer dans la langue de Voltaire : la précision analytique du français se dérobe devant les ellipses et les raccourcis d’un discours synthétique, riche de sens superposé. Et que faire avec les sonorités, les rythmes, les rimes et les assonances d’un texte qui est par excellence al-Qur’ân : La Récitation. » (1992 : 8). Et sur le plan linguistique, il continue : « Le discours coranique ne se laisse réduire ni aux critères de la prose arabe ni aux contraintes de sa poésie. La langue du Coran seule de son genre et pour cause, puisque divine, […] Rimée ou assonancée, sans doute, mais librement de toute la liberté de Dieu, […] Scandée aussi, mais en vertu de sa propre logique, d’une logique d’un autre ordre, transcendante. […] Pas de texte plus souverain, plus libre de toute contrainte, de tout modèle, que celui-là. » (Ibid. 389-390).

Abou Hamed Al-Ghazali dit dans son livre Mishkat Al-anwar : «  la lecture littérale (qui s’arrête à l’extériorité du terme) sans lecture spirituelle, intérieure (qui s’interroge sur le sens profond) est une mutilation du Message ».

  • Voici un exemple pour illustrer mes propos à ce sujet : La sainte sourate « la pureté », la 112ème sourate, dans le deuxième verset dit : « Allahosamad ». Hamidullah l’a traduit comme suit : Dieu, l’Absolu. Le Coranpublié en Arabie saoudite en 2000 appelle cette sourate : « le monothéisme pur » avec cette explication que c’est un titre résumant le contenu de la sourate. Il traduit le mot « samad » : Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Si l’on cherche dans d’autres traductions du Noble Coran on trouvera évidemment d’autres traductions. Mais le mot « samad » en arabe veut dire celui qui n’a besoin de rien et de personne alors que tout a besoin de lui. La composition de « Allahosamad » du point de vue syntaxique en arabe évoque cette conception que seul et seul Allah se dote de cette caractéristique. Dans cette perspective, la meilleure traduction ayant le pouvoir de transférer le message exact et intégrant serait à mes yeux : « Allah n’a besoin de rien ni de personne alors que tout a besoin de lui ».
  • “ Les hommes assument [qawwâmûna] les femmes […] Les femmes vertueuses [qânitât] sont dévouées à Dieu […] Quant à celles dont vous craignez l’hostilité [nushûz], exhortez-les, puis faites lit à part et, enfin, éloignez-vous d’elles [wa-dribûhunna] […] Et si vous craignez le désaccord entre les deux faites alors appel à un arbitre de la famille de l’époux et un de la famille de l’épouse. Si le couple souhaite au fond la réconciliation, Dieu rétablira l’entente entre eux…” S4.V34-35.
  • les Arabes de l’époque utilisaient le terme de harth pour tout ce qui était riche et fertile, tout ce qui était productif et fécond. C’est ainsi qu’en traduisant harth par  sa véritable signification « source de vie » au lieu de « champ de labour », c’est tout le sens du verset qui change et on aura ainsi :   « Vos femmes sont pour vous –harth-  la source de la vie et de la richesse  allez donc à cette source comme vous l’entendez (librement) (faatou harthoukoum ana chiitoum)». Ce qui rejoint toute la philosophie du Coran par rapport aux femmes, à la notion du couple et à l’harmonie de la vie à deux.

« Au-delà des buts spirituels, la traduction du texte coranique est également essentielle pour les chercheurs ainsi que tout ceux désirant mieux connaître l’Islam et développer le dialogue interconfessionnel. »(Ibid.2).

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Sources :

  1. Tariq Ramadan, le Coran et le cœur : un dialogue, nov. 2004 http://oumma.com/Le-Coran-et-le-coeur-un-dialogue
  2. Lire le Coran aujourd’hui, Lettre parue in « Lettres à un jeune marocain », choisies et présentées par Abdellah Taïa, Editions Le seuil, août 2009. Par Rachid Benzine, http://www.lvn.asso.fr/spip.php?article1023

  3. Le Coran et le cœur : vers une symbiose spirituelle, Sept. 2011, http://oumma.com/Le-Coran-et-le-coeur-vers-une
  4. Lire le Coran autrement ? Par Rachid Benzine,  août 2013,  http://oumma.com/Lire-le-Coran-autrement-partie1
  5.  Chodkiewicz Michel. Les musulmans et la Parole de Dieu. In: Revue de l’histoire des religions, tome 218 n°1, 2001. pp. 13-31. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2001_num_218_1_1014
  6. Arnaldez Roger. L’oeuvre de Fakhr al-Dīn al-Rāzi, commentateur du Coran et philosophe. In: Cahiers de civilisation médiévale. 3e année (n°11), Juillet-septembre 1960.

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_1960_num_3_11_1153

  7. Monnot Guy. R. Arnaldez. Trois messagers pour un seul Dieu. In: Revue de l’histoire des religions, tome 202 n°4, 1985.

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1985_num_202_4_2690

  8. Autour de l’histoire de la rédaction du Coran, Mohamed Ali Amir-Moezzi

    http://fr.scribd.com/doc/156572075/Moezzi-Autour-de-l-Histoire-de-La-Redaction-Du-Coran#scribd

Islam de France ou Islam en France[1]

Au moment où Le gouvernement crée une «instance de dialogue» avec l’islam, pour pallier à l’échec prévisible du CFCM (Conseil Français du Culte musulman); je republie un article écrit le 10 / 11 / 2004 qui s’intitule Islam de France ou Islam en France afin d’interpeller nos dirigeants et les citoyens de confession musulmane sur l’importance des appellations et qu’il faut s’auto-définir pour mieux agir. Que ce dialogue ne soit pas à sens unique mais un dialogue sérieux, constructif et sans complaisance avec l’ensemble des acteurs musulmans du terrain; et que la lutte contre l’islamophobie soit au centre de dialogue.

priere rue

Depuis la mise en place d’une instance représentative du culte musulman en France,  (CFCM : Conseil Français du Culte Musulman ), les musulmans ont été obligés, bon gré mal gré de prendre le train en marche. On ne cesse de parler de l’Islam de France pour ne pas dire l’Islam en France. Le premier serait moderne, humaniste, tolérant et s’insèrerait pacifiquement dans les institutions républicaines. En revanche, l’autre Islam, celui qui vient d’ailleurs, serait l’intrus indésirable, synonyme d’extrémisme, de fondamentalisme et d’endoctrinement des fidèles. L’acceptation du premier entraîne naturellement le rejet du second.

Lorsque parle d’islam de France, on entend par là un islam occidentalisé, assaisonné au goût des dirigeants politiques. L’islam sera accepté s’il sait nous distraire, un islam folklorique vidé de sa dimension spirituelle et de sa vocation de justice.

Les mots sont importants et mal nommer les choses est une tragédie. On ne doit guère étiqueter l’islam de la sorte car il n’en n’existe qu’un seul. Il n’y a pas d’islam de France, d’islam du Maroc ou d’islam du Pakistan. Ces étiquettes engendrent confusions et amalgames. Cependant, pour être plus précis, on peut parler de plusieurs lectures de l’islam, de divers courants de pensée au sein de l’islam.

Par ailleurs, on clame haut et fort qu’on ne veut pas d’ingérence extérieure et en même temps, on ne se gêne pas pour aller chercher des fatwas sur mesure en Egypte pour mieux asseoir une loi liberticide sur les signes religieux à l’école. C’est purement et simplement du double discours….

On est face à un refus, à un rejet à peine voilé de l’islam dés lors qu’il y a une prise de conscience et une prise de parole des musulmans ; une visibilité et une présence dans la société civile. Et ceux-là sont mal acceuillies, mal perçues, car un français musulman reste quand même un musulman. On nous demande d’être davantage des citoyens, ce qui signifie qu’il faut rejeter voire renier sa spécificité musulmane. Comme si être musulman c’est être moins citoyen ; et comme s’il y avait incompatibilité entre identité musulmane et citoyenneté.

Récemment, la présentation médiatique de la la prise d’otages de deux journalistes français par un groupuscule dit « islamique », a suscité chez la communauté musulmane un sentiment de culpabilité, qui aussitôt a été ressenti par cette dernière. Pour preuve, certains musulmans ont été jusqu’à se proposer en tant qu’otages de substitution pour se débarrasser de cette culpabilité.

De plus, on a sommé les musulmans de se positionner par rapport à cet événement ; comme si être musulman signifiait finalement être preneur d’otages. Et comme si l’islam est, par essence, générateur de violence, de terrorisme. L’islam est souvent accolé à un ensemble de stéréotypes et d’images négatives. La prise d’otages est venue comme une suite logique à ces préjugés. A-t-on besoin d’être musulman pour condamner cet acte ignoble ?.

En d’autres termes, dites que vous êtes contre cette prise d’otages, nous vous suspecterons plus ou presque…. Nous allons vous délivrer un diplôme de bonne conduite, de bons citoyens français. Jean Daniel estime dans le Nouvel Obs du 02.09.2004 que « les musulmans ont gagné ici avec éclat leur brevet de républicanisme, c’est-à-dire, aussi, de laïcité ».

En outre, les musulmans qui n’inspiraient que la méfiance ont pu recevoir enfin leur certificat de «  non dangerosité »[2]… ouf ! on est rassuré.

Mais le glas sonne toujours pour anéantir encore plus l’identité des français de confession musulmane qui se veut plurielle. On continue à intenter un procès à l’ensemble de cette communauté, qui serait par définition coupable parce que musulmane. A chaque secousse international, on pointe du doigt cette frange de la société ;  prouvez nous que vous êtes français et aujourd’hui encore plus que demain, alors que l’on ne se permettrait pas la même attitude avec d’autres composantes de la société.

Pour illustrer ces propos, une jeune fille d’un lycée aux alentours de Strasbourg , qui a fait le choix de retirer son foulard pour poursuivre ses études s’est vu applaudir par les professeurs à la rentrée du lycée. Rien d’extraordinaire jusque là, mais le plus étonnant reste à venir. Le proviseur lui demande de lever les bras et de dire « vive la république », comme si la profession de foi n’était pas totalement achevée, ou ne donnait pas encore entière satisfaction.

Quand est-ce que l’on reconnaîtra le français musulman comme un citoyen à part entière ? Quand est-ce que l’on acceptera réellement la pluralité de ce pays ? Quand est-ce que l’on mettra réellement en pratique la notion de liberté ? Car actuellement on n’accepte qu’une certaine forme de liberté…

Le moment n’est-il pas venu, pour les esprits retranchés derrière des convictions toutes faites et des résolutions à ne rien entendre, de se défaire de ces stéréotypes et de ces peurs !!!

[1] Titre de l’éditorial du Monde, 06.09.04 :  » L’ « islam en France » est devenu l’ « islam de France » « .

[2] D’après l’article de Dominique Pinsolie : « les médias et les Français musulmans : ce ne sont pas des terroristes, mais … ».

Petite pensée du vendredi n° 1

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Dieu dit : « Dieu est le Protecteur de ceux qui ont la foi, Il les fait sortir des ténèbres, pour les guider vers la lumière » (Coran 2/256). C’est un grand privilège d’être destinataire de ce verset, c’est un grand privilège de se sentir personnellement visé par cette lettre de vérité.

Chère sœur, cher frère, demeure en permanence dans la présence à Dieu. Il est près de toi Dieu, Il est avec toi. Tu peux te dérober aux regards des gens mais tu ne peux échapper à celui du Créateur. Espère en Lui en tout ce que tu fais, arme-toi de patience devant l’épreuve et invoque le soutien de Dieu pour tous les aléas de ta vie. Garde-toi des pièges de l’insouciance (al-ghafla), des douceurs trompeuses de la passion, des désirs et des espoirs fallacieux de ton ego : ton plus grand ennemi.

Dans toutes les situations, implore l’aide de Dieu est consulte-Le en toutes circonstances. Sache qu’à chaque moment de sa vie, le fidèle met sa véracité à l’épreuve et qu’il risque fort d’être lui-même éprouvé. Alors, sois véridique dans ta quête de Dieu  et du savoir, tu accéderas à Sa proximité et à Son amour.

Le djihad, une « guerre sainte » ? Non. Ce mot renvoie surtout à la notion d’effort sur soi

article

Pour lire la tribune, cliquez sur le lien ci-dessous :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1319056-le-djihad-une-guerre-sainte-non-ce-mot-renvoie-surtout-a-la-notion-d-effort-sur-soi.html

 

 

De quoi le djihad est-il le nom ?

canyon

Depuis le 11 septembre 2001, l’amalgame entre islam et terrorisme est systématique. L’islam est ainsi considéré comme une religion viscéralement violente et guerrière.

Déconstruire les préjugés 

Un ensemble de mots avec le suffixe « isme » qualifie l’islam aujourd’hui. Terrorisme, fondamentalisme, obscurantisme, radicalisme, djihadisme… Une guerre des mots est utilisée à l’égard de la religion musulmane afin de façonner l’inconscient des masses et d’assigner l’islam au registre des pathologies.

Ce texte se propose d’engager une réflexion sur le vrai sens du mot djihad en islam. D’autant plus, que le discours djihadiste prolifère aujourd’hui de manière inquiétante et que terrorisme et islamophobie font bon ménage dans notre contexte.

Un certain nombre de clichés négatifs et de fausses évidences existent à l’endroit de l’islam et des musulmans.

Ces préjugés résultent d’une méconnaissance de la religion musulmane, de sa pensée et sa vocation de paix et de tolérance. Cependant, pour déconstruire ces préjugés et éviter de tomber dans une vision essentialiste, il est nécessaire de définir les concepts d’islam, d’une part, et de djihad, d’autre part, et le replacer dans un contexte à la fois historique et politique.

Que veut dire le mot djihad aujourd’hui ?

Le djihadisme est-il une forme islamique du terrorisme ? Le djihadisme  est-il l’avatar de l’islam ? La violence est-elle intrinsèque à l’islam ? L’islam est-il un élément perturbateur pour la paix dans le monde ? Autant de questions qui exigent des réponses claires et audibles.

Comme le souligne Mohammed Arkoun [1], en français, on a l’habitude de traduire le mot islam par soumission. Or, étymologiquement, islam, en langue arabe, signifie « livrer quelque chose à quelqu’un ». Il s’agit donc, de « livrer sa personne dans sa totalité à Dieu, confier toute sa personne à Dieu ».

Ainsi la religion musulmane implique le don de soi, plutôt que la soumission.

Le Coran interdit la contrainte en matière religieuse

Le mot islam a également pour racine étymologique « salam » qui signifie paix. La paix est central, dans le Coran « Ô vous qui croyez, entrez tous et toutes en paix » [2]. Être en paix et promouvoir la paix relèvent de l’ordre du sacré.

Parallèlement, un des quatre-vingt-dix-neuf noms glorieux de Dieu est « Paix » et, cinq fois par jour, le musulman invoque Dieu par cet attribut dans sa prière. L’état de paix résulte d’un lien intime entre l’homme et Dieu et d’une forte spiritualité.

L’islam étant défini, étudions maintenant son lien avec la violence, en particulier la notion de djihad.

Le mot djihad est souvent traduit par « Guerre Sainte » ou « Holly War » ; or  « la guerre sainte » traduit, à son tour, en langue arabe, veut dire « Al Harb al-Mouqaddassa ». Cette terminologie n’existe nulle part, ni dans les textes fondateurs de l’islam, ni dans la littérature musulmane.

Il y a une vision erronée qui considère le djihad en islam à travers le prisme historique des croisades médiévales. L’idée d’une guerre sainte engageant les musulmans, au nom de leur foi, dans une guerre de conquête afin de contraindre les gens à se convertir n’existe pas en islam. Le Coran interdit la contrainte en matière religieuse : « Nulle contrainte en religion » [3].

La foi musulmane, aussi ardente et sincère qu’elle puisse être, ne saurait rayonner et se propager par la force, car cela contredirait l’essence même du message.

Le djihad : faire un effort sur soi

Le djihad vient du mot « ja-ha-da », qui signifie faire effort et, en aucun cas, faire violence. Cet effort consiste, en effet, à réaliser une victoire sur soi, qui est la plus royale des victoires. Un effort contre sa propre violence et ses attitudes colériques. Ce djihad, appelé couramment « djihad an-nafs » : « l’effort sur soi », est au centre de la spiritualité musulmane. C’est grâce à cette persévérance que l’homme maîtrise sa violence, domine sa colère et s’élève moralement et spirituellement.

Certes, le djihad peut prendre la forme d’un effort armé : Al Qitâl. Mais cet effort a toujours été codifié par des règles strictes.

Le combat armé n’est autorisé qu’en cas d’autoprotection ou légitime défense. Ainsi, les musulmans, pendant 13 années à la Mecque, ont utilisé la non violence comme moyen de résistance malgré les persécutions, l’isolement et l’embargo social et économique.

Puis, à leur arrivée à Médine, ils ont eu la permission de Dieu de se défendre : « Toute autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression, qui ont été injustement opprimées, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir. Tel est le cas de ceux qui ont été injustement chassés de leurs foyers uniquement pour avoir dit : “ Notre Seigneur est Dieu !” » [4].

À partir de ce verset coranique, la guerre a certes été autorisée, mais dans trois conditions :

  1. En cas de légitime défense, si tous les moyens pacifiques n’ont pas réussi à stopper l’agression
  2. En cas de persécution, de spoliation des propriétés
  3. Pour libérer des peuples du joug de la dictature.

Pas une goutte de sang

Omar Ibn Al-Khattab, deuxième calife après le Prophète Mohamed (Paix et salut de Dieu sur lui) a libéré Jérusalem de l’occupation byzantine sans qu’aucune goutte de sang ne soit versée.

Salah Stétié explique dans son livre « Culture et Violence en Méditerranée » :

« L’islam ne s’est vraiment imposé – une première fois par l’entrée du calife Omar dans la Ville sainte (Jérusalem) en 636, une seconde fois par la reconquête de la ville sur les croisés par Saladin en 1187 – que d’avoir géré pacifiquement, sur des siècles, l’ensemble de l’héritage. […] Les chrétiens de Jérusalem, comme ceux de Syrie et plus tard ceux d’Egypte, ont reçu les Arabes en libérateurs au témoignage de tous les historiens chrétiens de l’époque » [5].

Un autre exemple intéressant est celui de l’émir Abdel Kader, héros de la résistance algérienne, qui a lutté vaillamment contre la colonisation française. Mais, établi dans la capitale syrienne, Il joua un rôle de premier plan lors des émeutes de 1860. L’émir sauva, au nom de la foi musulmane, des milliers de chrétiens du massacre. Sa conduite lui vaudra de nombreux témoignages de reconnaissance et des décorations [6].

Donc le djihad renvoie à la notion d’effort : effort sur soi, effort de savoir et de connaissance, effort de développement … Et en aucun cas, une idéologie qui, se revendique de l’islam mais trahit, fondamentalement, sa vocation de paix et de justice, et préconise le terrorisme et les assassinats comme outils de lutte.

Le Coran déclare : « Quiconque porte atteinte à un innocent, c’est l’humanité toute entière qu’on remet en question » [7].

Le terrorisme n’a pas de religion

Le texte sacré est une chose, la lecture et l’interprétation qu’en font les hommes en est une autre. Les textes sacrés peuvent être instrumentalisés par les extrémistes de toute sorte.

L’islam est-il par essence violent ? Le Coran incite-t-il à la violence ? Ou bien ce sont les hommes qui prennent prétexte de tout, y compris du nom de Dieu, du Prophète et du Coran pour justifier et légitimer leur propre violence et leur propre fanatisme ?

Il est important de souligner que le terrorisme n’a pas de religion. Mais ce qui interpelle aujourd’hui, ce sont les moyens de communication utilisés par les djihadistes pour donner une résonnance planétaire à leur doctrine, attirer un jeune public et l’embrigader.

Les djihadistes utilisent internet, notamment les réseaux sociaux, et diffusent des vidéos prêchant la haine.

Les jeux vidéo comme « Call of Duty » sont aussi utilisés pour charmer de jeunes candidats au djihad. Il faut noter également  que le djihadisme est attractif pour des individus en rupture avec la société, avec leurs familles, ou en détresse psychologique.

Face à la violence du rejet, il y a la violence du djihadisme

Face à la violence du rejet, il y a la violence du djihadisme. Pour des jeunes sans repères, le djihadisme devient une carrière.

Face à de tels phénomènes, aux conséquences aussi graves pour notre société, nous devons nous engager à favoriser le dialogue et l’enrichissement mutuels, à refuser les amalgames et à lutter contre toute idéologie prêchant la violence, incitant et légitimant des crimes terroristes.

Nous devons également favoriser l’éducation et la participation citoyennes de manière à éliminer les conditions qui favorisent la prolifération de la violence et de la pensée extrémiste.

[1] M. Arkoun, Ouvertures sur l’islam, Grancher, 1992, p. 35.

[2] Coran 2/208

[3] Coran 2/256.

[4] Coran : 22 / 39 – 40.

[5] Salah Stétié, Culture et Violence en Méditerranée, 2008, Imprimerie nationale éditions, p. 128.

[6] « L’émir et les chrétiens », Conférence du 7 décembre 2004 à Lyon de Mgr TEISSIER et de M. BOUTALEB

[7] Coran : 5 / 32.

 

L’amour en Dieu

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Pourquoi s’aimer en Dieu ? Quelles sont les raisons et les motivations qui nous incitent à nous aimer en Dieu ? Certes, la foi implique de s’aimer les uns les autres en Dieu et pour Dieu ; le Prophète (prière et bénédiction de Dieu sur lui) a dit : « Trois sentiments font goûter à celui qui les éprouve la douceur de la foi : aimer Dieu et Son Messager plus que toute autre chose, aimer son frère (sa sœur) uniquement pour l’amour de Dieu et détester revenir à l’infidélité à Dieu comme l’on déteste se voir jeté au feu » Hadith unanimement reconnu authentique rapporté selon Anas (DAS).

Aimer en Dieu sans compter, sans rien attendre en retour, ni récompense, ni gratitude c’est se rapprocher de Lui et goûter à Son amour et à Sa présence. Le Prophète (bénédiction et salut de Dieu sur lui) dit en attribuant ces paroles à Dieu : « Mon amour est réservé à ceux qui s’aiment en Moi, à ceux qui se conseillent en Moi, à ceux qui se rendent visite en Moi, à ceux qui se font des dons pour Moi. Ceux qui s’aiment en Moi occuperont (dans la vie dernière) des chaires en lumière, ils seront enviés, tant est élevé leur position, par les Prophètes et les Justes » Rapporté par l’imam Ahmed, Tabarani et Al-Hakem selon ‘Oubada Ibn As-Samet (DAS).

S’aimer en Dieu n’est pas une simple prétention, ni une vaine formule de principe. S’aimer en Dieu c’est visiter son prochain, le soutenir dans l’épreuve, lui porter assistance, apaiser son cœur par un sourire. L’amour en Dieu se traduit aussi par le don  argent et de temps comme gage de véracité. Les simples actes de solidarité quotidiens ne demandent pas un grand effort, ni immense investissement, mais ils revêtent auprès de Dieu une importance considérable.

Aimer en Dieu en écoutant l’autre et lui ouvrir son cœur. Tendre la main au désespéré et le rassurer, compatir avec le malade, soutenir l’opprimé face à l’injustice, essuyer les larmes de l’incompris, apporter la joie au coeur triste et pardonner à celui qui s’est montré injuste à notre égard ; en toute humilité. Alors seulement,  nous avancerons en vertus et nous gagnerons en amour, douceur, spiritualité et surtout en humanité. Le Prophète (bénédiction et salut de Dieu sur lui) nous enseigne comment faire « assaut d’amour  » : « De deux personnes qui s’aiment en Dieu, la plus aimée de Dieu est celle qui aime le plus l’autre » Rapporté par Ibn Hibbâne et Al-Hakem selon Anas (DAS).

Et puis, quand on aime, il ne faut jamais oublier de le dire et de le répéter . Le Prophète (bénédiction et salut de Dieu sur lui) a dit : « Quand quelqu’un aime son frère (sa sœur) en Dieu, qu’il lui fasse part de son amour pour lui (elle) » Rapporté par Abou Daoud et Tirmidhi.